Quelques notes sur ma démarche
© Laurent Moons, 2008
Préambule : je ne fais pas de peinture chinoise, de peinture kitch, de peinture pop, de peinture gag, de peinture néo, post ou hyper « quelque chose », de peinture psy, de peinture conceptuelle, et que je ne fais et ne ferai sans doute jamais référence à Kasimir Malevitch, à Marcel Duchamp, à Joseph Beuys, au mouvement Fluxus et j’en passe, pour légitimer mon travail de peintre.
En peinture, il s’agit pour moi d’être absolument décalé, d’inventer. «Invention» est le maître-mot de l’abstraction. La liberté est sa constante. La poésie, son oxygène. Inventer en art, ne veut pas forcément dire faire table rase! En tout cas, ce n’est pas comme cela que je l’entends. Peindre c’est ajouter une pierre à un édifice aussi vieux que l’humanité en respectant une tradition picturale héritée de nos prédécesseurs. Mes références en peinture abstraite des 50 dernières années sont Alfred Manessier, Julius Bissier, René Bazaine, Maurice Estève, Joseph Lacasse, Maria Viera da Silva, Paul Jenkins, Jean-Paul Riopelle, Gerhard Richter… pour ne citer que les plus connus.
Peindre pour moi, c’est aussi aimer et respecter les gens en ne leur imposant pas nos méchantes humeurs, nos angoisses. C’est aussi ne pas leur imposer un narcissisme vain et son cortège de pulsions immatures, un sectarisme, un communautarisme et un pédantisme fermé voire associal… Car en dernière instance, que doit-on demander aux peintres si ce n’est, a minima, de décorer un intérieur en offrant à ses occupants une fenêtre sur un beau rêve, une poésie, sur quelque chose de grand, de fort et de beau, et en fin de compte, de mettre l’homme face à son humanité?
Je fais de la peinture abstraite (totalement non-figurative) car je suis fasciné par l’immense champs des possibilités qu’elle offre, fasciné par l’imagination et la créativité sans limite de l’être humain. L’imitation de la réalité ne m’intéresse pas. Avec la peinture abstraite il est question de créer, de ne plus résister à la force qui nous pousse à créer, à fabriquer de toute pièce un univers grâce à des couleurs efficaces, des formes envoutantes. C’est une peinture qui peut donner le vertige tant elle est «autre». C’est pour moi un langage universelle qui est peut-être plus à rapprocher de la musique que de la peinture figurative proprement dite.
La peinture, même abstraite, doit continuer à véhiculer et à illustrer des idées. Que ce soit avec mes aquarelles ou mes acryliques sur papier, mon message ou mon thème de prédilection est le même, à savoir, l’impermanence, le passage inexorable du temps, le changement, l’effritement, l’érosion de toute chose et son acceptation joyeuse, un matérialisme à l’antique en harmonie avec l’univers, la nature, et ceci sans transcendance (ou de magie pour enfant), car elle se donne à notre compréhension, la nature, du plus petit au plus grand des phénomènes.